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Système scolaire russe – La difficile modernisation de l’école soviétique

Toute révolution provoque des changements! La révolution russe en est le parfait exemple. Toutefois la chute du bloc soviétique a imposé la réforme d’un système scolaire qui n’était plus en adéquation avec les idéaux de cette nouvelle société prônant l’individualisme. Entre rupture et continuité, les russes ont quant à eux fait le choix de la rupture dans la continuité.

 

 

I. De l’école soviétique à l’école russe

 

26 décembre 1991 : Dissolution de l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques)

 

Juillet 1992 : loi-cadre sur l’enseignement

 

Contrairement aux lois – cadres soviétiques, ce texte ne fait pas référence à des valeurs précises mais plutôt à des valeurs génériques portant sur l’épanouissement individuel. Il évoque en effet la fonction éducative de l’école et plus particulièrement celle de l’enseignement au sens du civisme et de l’amour de la patrie.

 

Août 1998 : le recteur Filippov est nommé ministre de l’enseignement

 

Avec l’aide d’autres recteurs, Filippov permet aux universités d’imposer leur volonté sur l’enseignement scolaire (contenus et examens). Cependant, le ministère de l’Education s’oppose aux recteurs et fixe un objectif de qualité d’enseignement comparable aux systèmes scolaires étrangers.

 

1999 : allongement de la scolarité à 12 ans

 

Cette loi prévoit la modernisation des contenus, la création d’options et la spécialisation des établissements.

 

2000 : la scolarité obligatoire passe de 8 à 10 ans

 

Par cette loi, l’orientation vers l’enseignement professionnel et technologique est retardée d’un an. Cette évolution fait écho à la recommandation du Conseil de l’Europe (1992).

 

2001 : création d’un examen unique national de fin d’études

 

II. L’organisation du système scolaire russe

 

La scolarité russe est divisée en 3 degrés :

 

  • Le premier degré (de 6 à 10 ans) s’attèle au développement de la personnalité, de la motivation à apprendre, de l’intelligence.
  • Le seconde degré (de 10 à 16 ans) vise une orientation de l’élève.
  • Le troisième degré (de 16 à 18 ans) dispense un enseignement général ainsi qu’un enseignement adapté aux compétences individuelles.

 

Au sein de l’école russe, la méthodologie d’enseignement dépend de la volonté de chaque établissement. Par conséquent, les formes non conventionnelles sont encouragées.

 

Plusieurs types d’options existent :

  • Les classes spécialisées :
    • Proposition d’un enseignement renforcé d’une ou plusieurs matières à partir d’un niveau donné. Exemples : mathématiques, sciences, sport, musique, …

 

  • Les classes profilées :
    • Existence de classes préparatoires menant vers une filière supérieure spécifique. Dans le cas où l’ensemble de l’établissement est profilé, il peut alors recevoir l’appellation « lycée ».

 

  • Les collèges :
    • Ce sont des établissements professionnels et technologiques qui ont un contrat avec une université ou une entreprise.
  • Les écoles pour enfant intellectuellement précoces, les écoles bilingues (anglais), ….

 

®Collège Épiscopal Saint – Etienne

 

 

III. La « modernisation » de l’école soviétique

 

« Adapter l’enseignement à la nouvelle société, rompre avec l’école soviétique, former une personnalité harmonieusement développée capable de concrétiser son potentiel créatif dans le contexte de l’économie de marché, dans sa vie privée, mais aussi pour le bien de la société ».

Revue internationale de Sèvres, 34, 2011

 

Pour comprendre les difficultés actuelles que rencontrent l’enseignement russe, il faut avant tout comprendre la transition opérée depuis l’école soviétique jusqu’à l’école russe contemporaine.

Le système scolaire soviétique développé dans les années vingt, organise son école unique en un lieu où tous les élèves apprennent la même chose jusqu’à la fin de leur scolarité. La gestion de l’enseignement y est centralisée. Mais l’effondrement des dépenses publiques durant les années quatre-vingt-dix a provoqué la décentralisation de la gestion de l’enseignement qui revient dorénavant aux collectivités locales.

La nouvelle orientation éducative, adoptée suite à la disparition du bloc soviétique, s’est déclinée en trois axes : donner la priorité à l’épanouissement individuel, offrir une formation religieuse et inculquer un sentiment patriotique.

En effet, la loi-cadre de 1992 exprime dans son deuxième article que la politique éducative repose sur le développement libre de la personne. De ce fait, l’école russe marque une opposition avec l’école soviétique qui reposait essentiellement sur le collectif.

De son côté, l’instruction religieuse s’est peu à peu imposée au sein de l’école laissant de ce fait une plus grande place aux autorités ecclésiastiques orthodoxes. Ce revirement s’est alors opéré en adéquation avec la loi sur la liberté de conscience de 1990 qui bannit l’athéisme de l’école. L’enseignement religieux est par conséquent considéré comme un chapitre de l’enseignement de l’histoire que seules les institutions religieuses sont habilitées à enseigner.

Enfin, inculquer un sentiment patriotique centralise la plupart des difficultés que rencontre l’enseignement russe dans son effort de modernisation ; la patrie n’étant plus la même depuis l’effondrement soviétique, la redéfinition du contenu de cette valeur soulève de réels problèmes. Cette patrie, qui n’a plus le même poids international, n’est pas perçue de la même manière de la part d’une génération née après 1990 que par des enseignants plus anciens qui peinent à évoquer cette dégradation.

 

En conclusion, bien que le projet originel de modernisation de l’enseignement russe prévoyait de ne pas se détacher du système soviétique, il lui faut à présent le faire par la force des choses. Les difficultés que rencontre désormais l’école russe proviennent de cet acharnement à ne pas rompre avec le passé malgré l’émergence de générations qui ne se reconnaissent plus dans le soviétisme et qui doivent coexister avec des générations nostalgiques de cette époque.

 

« Ce projet russe s’appauvrit lorsqu’il se définit en opposition au système soviétique et qu’il s’élabore sur le rejet d’un héritage pédagogique riche malgré ses contradictions. Il pratique ainsi l’amnésie, l’irresponsabilité face au passé, ce qui risque de pervertir les relations entre les différentes générations d’enseignants et entre enseignants et enseignés. »

Revue internationale d’éducation de Sèvres, 05, 1995

 

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