| 150ème anniversaire du Collège épiscopal Saint-Etienne |
Cathédrale de Strasbourg – 1er octobre 2011
Une longue histoire, pour un avenir heureux
1. Un établissement cent-cinquantenaire Loin de moi l’idée que la valeur d’un établissement se mesurerait simplement à son ancienneté. Ce serait insultant pour des collèges établis récemment dans les banlieues des villes et dont les équipes éducatives se dévouent au service des jeunes dans des conditions parfois difficiles. Cependant, comment ne pas souligner la richesse accumulée par un établissement fondé au milieu du XIXème siècle ! Cette richesse se mesure au nombre impresionnant de générations d’enseignants et d’élèves qui s’y sont succédé. Il en résulte une longue tradition éducative qui porte nécessairement des fruits pour ceux qui s’y inscrivent. Beaucoup d’élèves qui fréquentent un tel établissement peuvent dire que leur père et leur grand-père – ce n’était pas encore le temps de la mixité – ont déjà hanté les lieux en d’autres temps, ce qui crée de belles solidarités inter-générationnelles. C’est également un vrai trésor pour un établissement de pouvoir compter sur un vivier très large d’anciens élèves présents dans tous les domaines de la vie sociale, professionnelle, politique et religieuse, dont plusieurs ont dit leurs vœux en regrettant leur absence, tels M. Roland Ries, Sénateur-Maire de Strasbourg, Mgr Kratz, Mgr Schmitthaeusler... Depuis sa création, en 1861, le Collège Saint-Étienne a partagé tous les grands moments de l’histoire de Strasbourg, de l’Alsace et de la France, comme le montrera sans doute le livre écrit pour l’occasion par M. Louis Schaefli. Qu’on en juge : le Kulturkampf lancé par Bismarck entraîne la fermeture du petit séminaire en 1874, mais l’évêque pourra le rouvrir sous le nom de « collège épiscopal Saint-Etienne » en 1883 ; en 1919. Mgr Ruch fait appel aux Marianistes pour apprendre le français aux jeunes générations. Je salue ici, le Père Vial, dernier directeur marianiste, et le Père Rohmer, premier directeur diocésain. En 1940, c’est la fermeture autoritaire par l’occupant allemand et la transformation des bâtiments au profit de l’administration nazie ; cette période s’illustre aussi par la participation de jeunes élèves au réseau résistant de la Main Noire, tout récemment rappelée par la pose d’une plaque en grès sur la façade du Collège. Et il faudrait encore parler de cette bombe américaine qui s’abat sur la nef de la chapelle en septembre 1944…Je suis persuadé qu’il est plus facile d’apprendre l’histoire en un lieu qui en porte aussi bien les traces heureuses que les cicatrices.
2. Le caractère catholique Ce caractère a été longtemps marqué par la présence de religieux à tous les postes de l’enseignement et de la vie matérielle de l’établissement : ce furent d’abord des prêtres diocésains, puis un étonnant mélange de religieux marianistes et de prêtres diocésains, probablement assez unique dans le paysage français. Mais il y eut aussi des religieuses à la cuisine et à l’infirmerie. À partir des années 1970, le nombre de professeurs prêtres et frères se réduisit tandis qu’affluèrent les enseignants laïcs. Il y eut finalement la fermeture de la communauté marianiste et le départ des derniers prêtres diocésains, dont le chanoine Epp, récemment décédé, et le professeur Raymond Winling. Ce changement très visible n’est pas sans conséquence : les élèves internes des années 1950 ont gardé un très fort souvenir du temps où les mêmes religieux assuraient les cours dans la journée et les activités éducatives du soir ou des vacances : je pense à l’abbé Ringeissen et à son fameux minibus avec lequel il a conduit tant de jeunes à la colonie Jeunesse Heureuse ou ailleurs… Aujourd’hui, l’internat a fermé. Les dortoirs et les chambres des professeurs ont été progressivement transformés en salles de classe et en laboratoires. Seul un aumônier prêtre réside encore dans la maison, selon une volonté ferme de Mgr Brand, respectée jusqu’ici par Mgr Doré et par moi, malgré les fortes demandes en prêtres qui s’expriment dans les paroisses. Quelques-uns des aumôniers qui ont exercé ces dernières années ont tenu à participer à ce moment festif, avec bien sûr l’abbé Wollbrett. Mais le caractère catholique ne se limite pas plus à la présence de religieux qu’à celle de crucifix dans les classes. Le Collège s’est résolument inscrit dans la dynamique de la Loi Debré : celle d’une collaboration franche avec l’Etat dans le service public de l’éducation, avec le maintien intégral du caractère propre. Il appartient au directeur nommé par l’archevêque, en lien avec la Direction de l’Enseignement Catholique, de veiller au respect de ce caractère propre, qui inclut un enseignement religieux obligatoire pour tous les élèves, des propositions régulières de célébration et de sacrements, des activités d’aumônerie et, par-dessus tout, le maintien des valeurs évangéliques au cœur du projet éducatif.
3. Le caractère épiscopal Le petit-séminaire de 1861 est donc devenu depuis un « collège épiscopal », sachant que son statut propre d’établissement placé sous la tutelle directe de l’évêque et la surveillance financière du Bureau d’Administration des Séminaires est très rare, puisque seules trois autres institutions de notre diocèse le partagent avec lui, Walbourg, Zillisheim et Saint-André de Colmar. Beaucoup d’établissements en Alsace sont placés sous tutelle congréganiste, notamment celle des sœurs de Ribeauvillé. La tutelle apporte à ces établissements la couleur propre de son charisme, de son fondateur et les bienfaits d’un réseau où se rencontrent les chefs d’établissement, les enseignants et même parfois les élèves. Mais quelle est la couleur propre d’un collège épiscopal ? Une réflexion menée du temps de Mgr Doré a abouti à une rencontre régulière des équipes des quatre collèges épiscopaux d’Alsace et à la prise en compte d’une spécificité liée précisément au ministère et à la personne de l’évêque. Le plus récent projet pastoral du Collège Saint-Etienne a permis de concrétiser les choses, en prévoyant une présence régulière de l’évêque auxiliaire chargé de suivre l’Enseignement Catholique (le cher Mgr Kratz) ou de l’archevêque. Un lien particulier est aussi établi avec la cathédrale, siège de l’évêque et église-mère du diocèse. La nomination d’un prêtre diocésain comme aumônier participe à cet esprit, avec la volonté, en aumônerie, d’éveiller aux temps forts de la vie diocésaine. Ainsi, chaque année, une délégation d’élèves participe ici même à la messe chrismale, notamment ceux qui seront ensuite confirmés avec l’huile bénie au cours de la célébration. Le caractère épiscopal n’est certainement pas remis en cause : je me réjouis de compter dans le diocèse quatre établissements épiscopaux et celui établi dans la ville épiscopale, à deux pas de la cathédrale et de l’évêché, n’est pas le dernier dans mon cœur.
Conclusion : À l'exemple de Saint Etienne, ayons le courage de notre christianisme Sainte Attale, en fondant son Abbaye, décida de la placer sous le patronage de saint Étienne. Eh bien, chers Amis qui êtes élèves au Collège Episcopal Saint-Etienne, je vous invite donc à vous inspirer du courage de votre Saint Patron : Etienne, le premier martyr qui eut le courage de dire sa foi jusqu'à donner sa vie… Oui, puissiez-vous être courageux comme Etienne ! Et ceci de plusieurs manières :
Courage de la charité : Certains jours, il faut du courage pour aimer les autres, quand tout nous invite à ne penser qu'à nous-mêmes – aimer les autres, les aider, les soutenir dans les moments difficiles, c'est cela le christianisme : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", et tout d'abord "Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et de toutes tes forces !"
Courage de la vérité : Aujourd'hui, tout le monde parle, à tous, de tout. Mais souvent c'est pour blaguer ou se moquer, mentir et tromper, en définitive, tricher. Dire la vérité à l'école, c'est être loyal, ne pas tricher. C'est faire taire les rumeurs, arrêter les médisances. En classe, c'est aussi refuser la moquerie contre les plus faibles et les plus pauvres. Pour dire la vérité, il faut du courage, mais c'est toujours pour tous, une source de bonheur et de croissance.
Courage de la justice : Souvent dans les groupes de jeunes, on s'allie, on se sélectionne, on rivalise et on prend la place d'autrui. Les petites méchancetés d'aujourd'hui peuvent devenir les injustices de demain. Un jeune chrétien apprend à devenir juste, protecteur du faible, courageux devant le puissant, équitable pour tous : charité, vérité et justice s'appellent naturellement.
Courage du pardon : Avez-vous vu dans la société : Tout le monde fait procès à tout le monde. Il s'ensuit des disputes, des ruptures et des drames. On parle beaucoup mais on se parle si peu, de personne à personne. Le chrétien, très tôt, a fait l'expérience du pardon. Parce qu'il a été pardonné, il accepte de pardonner. Le pardon est un signe d'intelligence : Ne dit-on pas, "c'est le plus intelligent qui cale ?" Le Pardon construit la fraternité entre tous. En définitive, il est source de joie.
Courage de la foi : Malgré ses persécuteurs, Etienne osa affirmer sa foi jusqu'à donner sa vie. Chez nous, les chrétiens sont en butte soit avec l'indifférence, soit avec la moquerie. Or se moquer, c'est toujours se tromper. Ne nous décourageons pas d'être chrétiens dans un monde qui ne l'est pas ou qui, à première vue, s'en moque. Au fond, beaucoup attendent des chrétiens le témoignage d'une vie droite, amicale, le témoignage de la franchise, de la solidarité et de la joie. Osons dire notre foi, davantage par des actes que par de grandes déclarations, parce qu'être chrétien, c'est finalement une fierté et un vrai bonheur ! Alors, par vos études sérieuses et ce courage de vivre et de dire votre christianisme, votre vie aura du sens, votre vie sera une réussite.
À tous, très bel anniversaire !
+ Jean-Pierre GRALLET Archevêque de Strasbourg
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