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Travaux d’Hercule dans le jardin des Espérés

      Le coronavirus fait la une depuis plusieurs mois, les Européens, eux, rêvent de ne faire plus qu’un. Dans cette crise sanitaire qualifiée de « test à notre humanité » par le président allemand Steinmeier, le monde, rétrécit à quatre murs et un écran, essaie d’ouvrir la fenêtre sur les promesses d’une humanité nouvelle.

 

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Situation inédite

           L’infection s’attaque aux fondements d’un monde en flux tendu en agitant en contre-jour des peurs oubliées. Le système étatique européen s’est historiquement bâti suivant trois préceptes. L’Etat tentaculaire, rejeton du sentiment primitif de la peur ? Oui, de la peur épidémiologique, peur de la famine et de la pénurie, peur de la guerre. Et les Etats de mettre en place ce que l’Outre-Manche appelle le Welfare State, de s’associer en Union pour prévenir les guerres, de donner naissance à l’économie d’Etat pour chasser les esprits de la faim. Avec le coronavirus, ces peurs oubliées resurgissent. D’aucuns appelaient déjà auparavant à lever les yeux de son nombril propre, désormais, il faut abaisser le regard encore : les zombies d’aujourd’hui mangent du papier toilettes et des Panzani. Le disetteux système hospitalier clamait étouffer sous les coup(e)s budgétaires ? Qu’à cela ne tienne, la vente de respirateurs explose. L’Ingéniosité et la solidarité s’invitent dans la danse : respirateurs Décathlon, volontaires et bénévoles, blouses à usage unique réutilisées. Au milieu de ce vacarme, encouragé par la rhétorique présidentielle, le « monde d’après » s’invite dans nos têtes. Peut-être est-il plus facile de regarder vers l’azur quand on marche sur des nénuphars.

Ses détracteurs en appellent à la fiction, promesses dans le vent ressemblant à s’y méprendre à celles formulées durant de la crise financière de 2008, mais le coronavirus a déjà planté sa tente. Le temps du vaccin est encore loin, de même que l’immunité collective (60 à 70% de la population immunisée) alors que l’Inserm considère que seul 5,7% de la population a été contaminé et que les preuves d’une véritable immunité durable des infectés sont insuffisantes comme le pointe l’OMS. Durabilité de la crise donc, mais aussi répétition, alors que le Sars-Cov-2 n’est que deuxième de sa fratrie et, qu’un niveau de préparation faible autant que l’interférence en hausse dans les écosystèmes projetant hors de leur habitat naturel des espèces récipiendaires de virus inconnus à notre système biologique, ou encore d’un système alimentaire permettant facilement au virus de muter pour s’adapter à l’homme par des intermédiaires d’animaux de consommation proches de l’homme (essentiellement des bovidés), tout cela donc, favorise la réitération de ce type de crise.

L’Europe a fait pâle figure, d’abord insensible au drame italien, puis déchirée sur les questions de relances. Le « club des radins » contre les dispendieux du sud. Il a souvent été souligné combien paradoxale l’action communautaire était, la meilleure réponse européenne ayant consisté à suspendre les règles budgétaires. Cependant, ce serait se faire oublieux de l’intervention pharamineuse de la BCE qui, d’une part, assure les liquidités bancaires, et de l’autre, a mis en place un plan d’urgence de rachat d’actifs publics à hauteur de 1000 milliards d’euros. Et, s’il est vrai que le jumeau budgétaire de l’arme monétaire se fait attendre du côté des Etats-membres, les discussions ont permis d’aborder des sujets jusque-là hautement tabous à l’image d’une dette commune ou d’une augmentation – certes très hypothétique – de la contribution des Etats au budget de l’Union. Et Ursula von der Leyen d’exhorter, en avril alors que la crise bat son plein, à penser à la relance articulée autour de la transition énergétique et numérique.

Demain est aujourd’hui

Les plans de relance tout autour du globe sont d’une ampleur inédite et à même de façonner le nouveau monde tant attendu. C’est l’occasion de se saisir de l’opportunité pour installer l’économie durable dans le paysage.

Le secteur du bâtiment, avec sa consommation à hauteur de 45% de l’énergie finale et ses émissions de gaz à effet de serre pour 18% du total, apparaît ici tout indiqué. Un plan de rénovation permettrait d’alléger le bilan énergétique et carbone des habitations de même que de créer des emplois. La convention citoyenne pour le climat soulignait la nécessité d’intervenir lourdement dans ce secteur par le biais d’investissements, de prêts à taux bas voire nuls et par une augmentation des aides.

Du point de vue des transports, le fleuron des industries automobiles européennes est en passe de donner le pli du tournant électrique aux constructeurs chinois qui profitent du formidable marché intérieur et de la mainmise chinoise tant sur les technologies vertes que sur les métaux rares. La réouverture de mines ou de raffineries de métaux rares sur le territoire européen semble être compromise au vu de l’opposition de l’opinion mais un investissement et une mise en commun des ressources dans le secteur stratégique des batteries lithium est souhaitable, sachant qu’elles déterminent environ un tiers du prix de la voiture. Là aussi, le marché est engageant et avec, les promesses d’emplois. De même, une révision des politiques de concurrence européenne comme le promettait Bruno Le Maire, pourrait permettre de soutenir le développement de ce secteur automobile émergent via des aides d’Etat.

Quant aux énergies renouvelables, la manche paraît difficile à jouer mais possible avec une bonne coordination des Etats européens. Le coût du baril – c’est d’autant plus vrai avec ses récentes escapades de l’autre côté du zéro – et une relocalisation de la production – nécessaire d’un point de vue stratégique et commercial – faisant augmenter les coûts de production, interroge l’avenir des filières énergétiques alternatives financièrement bien moins compétitives que leurs concurrents fossiles. Là aussi, le principal concurrent est l’Empire céleste produisant 80% des cellules pour panneaux photovoltaïques selon Le Monde et un quasi-monopole sur les terres rares lui conférant ses propriétés énergétiques.

Enfin, le domaine du numérique pourrait faire l’objet d’une stratégie coordonnée de la part des Européens. D’une part, à l’heure du Big Data et de l’intelligence artificielle, le numérique est bel et bien un enjeu de souveraineté majeur comme l’ont démontré les cyberattaques russes contre l’Estonie en 2007. D’autre part, le mariage de la green tech et du numérique est le ferment du prochain système énergétique mondial comme le soutient le prospectiviste Jérémy Rifkin. Les datas permettraient de gérer un flux continu d’énergie encore mal stockée et d’optimiser les rendements des énergies intermittentes dans ce monde de demain dont la seule certitude est peut-être celle de la raréfaction de ressources essentielles – pétrole, métaux rares.

 

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   L’Union européenne, née de crises, a déjà démontré plusieurs fois sa capacité, non pas à se réinventer, mais à se réformer, pesamment il est vrai, face aux périls de la crise des dettes souveraines et l’inédit des aides aux Etats à l’intégration et pacification de l’ancien bloc de l’Est. Après les dissensions et l’indécision, il est peut-être temps, dans les coursives de Bruxelles, de nettoyer les écuries d’Augias.

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